PARIS : COVID-19, Révélateur de résilience de nos systèmes de production

Une étude réalisée par l’agence UTOPIES évalue le niveau de résilience productive des pays et des territoires.

grand var vide samedi 21 mars 3

Parmi les principaux enseignements :

Aucun pays au monde ne dépasse 50% de résilience productive, y compris la Chine (n°1 ex-aequo avec l’Italie, 49,3%) ;
Plus de 75% des pays se situent en dessous de 10% de résilience productive sur les produits de santé ou médicaux ;
En France, le tissu productif assure 45% seulement de ce qui rentre directement ou indirectement dans la chaîne de valeur de la consommation française ;
Mais la France est le 1er pays au monde pour sa capacité à réaliser des  » sauts productifs  » ;
On note toutefois de fortes disparités entre régions françaises ;
Des solutions productives et agiles « Plug and Play » existent pour densifier et diversifier le tissu productif local.

La crise sanitaire actuelle met une nouvelle fois en lumière l’extrême vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales, souvent concentrées, lointaines et à flux tendu. Ce qui est relativement nouveau, c’est qu’elle interroge sur la capacité de nos systèmes de production (agriculture, industrie) à faire face à des aléas naturels ou climatiques, à résister, absorber le choc, se réorganiser et retrouver leur structure fondamentale (voire la renforcer). Afin d’étudier ce phénomène, UTOPIES a cherché à évaluer le niveau de résilience productive des pays et des régions françaises métropolitaines.

La résilience productive, élément-clé de la gestion et sortie de crise

La résilience est la capacité d’un organisme vivant, ici, une ville, une région ou un pays, « à retrouver les structures et les fonctions de son état de référence après une perturbation ». Dans la nature, les écosystèmes résilients se distinguent par le fait qu’ils sont plus diversifiés, offrent plus de complémentarité et de redondance des fonctions. Pour parvenir à évaluer un niveau de résilience productive, UTOPIES a d’abord élaboré un test de résilience qui mesure la part (en %) des 1242 produits composant la nomenclature harmonisée qu’un territoire est raisonnablement capable de produire rapidement et dans des quantités suffisantes. Le score de résilience mesure donc la capacité d’un territoire à couvrir un large espace productif, qu’il peut mobiliser face à une perturbation exceptionnelle. Un score de résilience maximal de 100% signifie qu’un territoire est en capacité de maintenir la production de n’importe quel bien en situation de crise.

La France au 4ème rang mondial, devant l’Allemagne, grâce à la diversité de son système productif

Selon les résultats de l’étude menée par UTOPIES, aucun pays au monde ne dépasse 50% de résilience productive, y compris la Chine (n°1 ex-aequo avec l’Italie, 49,3%). La moitié des pays présentent un score de résilience inférieur à 15%, une quarantaine se situent même en deçà de 5%. La France se classe 4ème (avec un taux de résilience de 44,9%), devant l’Allemagne sur une mesure de PIB. L’hexagone est 13ème seulement si on regarde ce qui est produit effectivement (le pays a perdu la moitié de sa densité industrielle depuis les années 60) et au 1er rang mondial si l’on regarde sa capacité à faire des sauts productifs (c’est-à-dire à réorienter sa production pour produire localement et en quantités suffisantes ce qui vient à manquer et qui utilise les mêmes matières premières, les mêmes procédés ou les mêmes savoir-faire).

De nombreuses disparités sectorielles qui fragilisent sa résilience productive

Selon l’étude, le niveau de résilience de notre économie est insuffisant. Concrètement, notre tissu productif est dans l’incapacité de produire près de 55% des biens qui entrent directement ou indirectement dans la chaîne de valeur de la consommation française et dont certains peuvent s’avérer prioritaires selon la nature des aléas et de leurs conséquences. S’il n’existe pas de « bon » seuil, l’étude pointe le fait qu’un système résilient est capable de maintenir la production d’une part significative de biens, probablement au-dessus des 2/3.
Ainsi, le score de résilience de la France, comme celui d’un grand nombre de pays, cache de grandes disparités sectorielles. Si la France se situe dans le TOP 5 dans les industries agro-alimentaires, chimiques, plasturgiques et médicales, elle est nettement distancée sur un certain nombre de secteurs agricoles et industriels (au-delà de la 30ème place). D’importantes disparités sont également à noter entre régions françaises : près de 22 points séparent la région avec le score de résilience le plus élevé (Auvergne Rhône-Alpes, 36,4%) de celle présentant le score le moins élevé (Corse, 14,8%).

Les solutions : la relocalisation & les solutions dites « Plug & Play »

Pour accroître la résilience d’un territoire, des solutions existent. La solution traditionnellement mise en avant, et d’autant plus ces dernières semaines, est celle dite de la « relocalisation » en favorisant le retour en France (ou à plus courte distance, en Europe ou au Maghreb) d’un certain nombre d’industries, grâce, côté entreprises à la maximisation de l’empreinte économique locale, des choix volontaristes, ou l’accueil d’investisseurs extérieurs. Nul doute que cette crise sanitaire sera un accélérateur de stratégies de relocalisations. Toutefois, cette approche présente un certain nombre de limites : : lourdeur, longueur, complexité, et potentielles barrières à l’entrée. Dans cette étude, UTOPIES présente un aperçu des solutions dites « Plug & Play » permettant de dépasser ces limites. Une solution Plug & Play est une solution productive qui fonctionne en mode  » LEGO « , de petit format et modulaire (souvent en containers ou en kit), parfois mobile, utilisant bien souvent les nouvelles technologies digitales, capable de se greffer rapidement et facilement sur un site industriel, sur un site tertiaire, un magasin, un hôtel, dans une rue ou dans une zone d’activité. Les solutions Plug & Play permettent de densifier le tissu productif mais aussi de le diversifier, de créer des synergies et des complémentarités, de rendre le territoire plus agile et autonome dans de nombreux secteurs énergétiques, alimentaires et industriels.

Quand agir ?

La résilience ne concerne pas que la capacité de rebond (après) mais bien aussi la capacité d’absorption (pendant). Les chaînes d’approvisionnement tendues sont aujourd’hui évidentes (masques, gel, respirateurs…), mais d’autres vont se tendre dans les semaines et mois à venir : or il y a aussi des solutions agiles de résilience industrielle à mettre en œuvre dès maintenant, pour produire rapidement et dans des quantités suffisantes, notamment pour les biens de première nécessité qui viendraient à manquer et ce, sans attendre la prochaine crise.

Retrouvez l’étude intégrale ici….

Méthodologie :

Pour réaliser cette étude, UTOPIES a utilisé deux sources de données : à l’international, les bases de données mises à disposition par le Growth Lab / Center for International Development (CID) d’Harvard University (https://atlas.cid.harvard.edu/) ; pour la France les statistiques de l’INSEE (base SIRENE, base ESANE, douanes). Pour chacun des 1242 produits un scoring a été réalisé sur la base de 2 tests :
– Le territoire est capable de répondre à une forte demande locale car l’avantage comparatif (RCA, revealed comparative advantage) du territoire sur ce produit est >= à 1,5 (50% au-dessus de la moyenne, ce qui équivaut à une surspécialisation) ;
– Et/ou le territoire présente à minima 2 secteurs forts (avec un RCA >=1,5) et présentant une parenté (> à 50%) avec le bien que l’on cherche à produire. Nous utilisons ici les travaux sur la parenté / proximité entre produits ( » Product Space « ) de Ricardo Hausmann et César A Hidalgo (https://arxiv.org/ftp/arxiv/papers/0708/0708.2090.pdf).